
Depuis le 1er janvier 2024, conformément au droit européen et à la loi anti gaspillage de 2020 (loi AGEC), l’obligation de tri à la source des biodéchets est généralisée et concerne tous les professionnels (et non plus seulement les « gros producteurs » tels qu’industries agro-alimentaires et restauration notamment collective) mais aussi les particuliers.
Alors que de nombreuses collectivités franciliennes sont encore en phase d’expérimentation, le SPI Vallée de Seine a recueilli le témoignage de Véronique Berger, cheffe de projet à la direction en charge du déploiement du tri des déchets alimentaires, à la métropole de Grenoble.
Nous la remercions pour son partage d’expérience.
Grenoble Alpes Métropole est composée de 49 communes pour 450 000 habitants avec une densité essentiellement d’habitat collectif. Concernant la gestion des déchets, la métropole a les compétences en prévention, collecte et traitement. Le territoire dispose d’un réseau de 21 déchetteries et de 3 unités de traitement : un incinérateur, un centre de tri et un centre de compostage.
En 2017, un schéma directeur déchets 2020-2030 est voté avec l’objectif de diminuer de moitié la poubelle d’ordures ménagères résiduelles (OMR), déployer la collecte des biodéchets en porte-à-porte sur 92% du territoire, tout en maintenant une solution de promotion de composteurs individuels et de sites de compostage partagés en apport volontaire.
Tout d’abord, une réflexion s’est portée sur la solution de déploiement à tester. Le paramètre essentiel dans ce choix a été la densité d’urbanisation du territoire grenoblois, majoritairement caractérisée par des logements collectifs, mais inégalement répartie entre les zones très urbaines et les contreforts montagneux.
L’expérimentation s’est ensuite déroulée de 2017 à 2019 auprès de 7 000 habitants et s’est portée sur la collecte en porte-à-porte dans deux quartiers représentatifs :
Cette phase d’expérimentation avait plusieurs objectifs. Tout d’abord, vérifier la pertinence des outils de pré-collecte, de collecte et observer la réponse des usagers à l’intégration d’un nouveau geste de tri. Puis tester une réduction importante de la fréquence de la collecte des Ordures ménagères Résiduelles (OMR) de 3 à 1 passage par semaine pour un quartier et de 1 passage par semaine à 1 passage toutes les deux semaines pour l’autre, ainsi que la collecte en journée.
Les solutions de tri à la source mises en place diffèrent selon le type d’habitat :
Le déploiement s’est déroulé par tranche de 100 000 habitants, à raison de 2 campagnes par an :
De manière générale, tous les acteurs étaient concernés à ce stade : les ménages, les professionnels des métiers de bouche et les restaurations collectives comme les cantines scolaires.
Le modèle est basé sur la mise à disposition gratuite de sacs dans les commerces de proximité et dans des lieux publics maillés sur tout le territoire avec un réapprovisionnement mensuel. Le choix du matériel de pré-collecte, notamment le volume des bio-seaux, s’est principalement décidé par rapport au stockage des biodéchets et aux nuisances qui en découlent.
Véronique Berger nous indique que ces premières phases de déploiement ont permis de faire des constats et tirer des enseignements notamment sur la gestion des nuisances potentielles.
L’expérience a montré notamment qu’en solution de collecte, il était nécessaire de sortir les bacs au minimum 1 fois par semaine, même à moitié pleins, et de les nettoyer régulièrement pour éviter les nuisances liées à la décomposition naturelle des biodéchets, souvent accélérée en période estivale en raison des fortes chaleurs et qu’il était plus que judicieux de synchroniser la collecte avec le passage de sociétés de nettoyage pour optimiser leurs déplacements.
Concernant le compostage il a été démontré de nombreuses fois que, lorsque les composteurs sont utilisés convenablement en respectant certaines règles d’usage (alterner les couches de matières sèches et biodéchets, le retourner régulièrement), la nuisance liée aux rongeurs était également écartée.
A Grenoble, le choix s’est porté sur de bio-seaux ajourés avec des sacs biodégradables plutôt que des seaux pleins sans sac pour des raisons pratiques pour l’utilisateur final.
Les sacs en papier kraft sont incompatibles avec les seaux pleins qui favorisent la maturation des matières organiques et par conséquent fragilisent ainsi le papier.
Enfin les commerçants : des commerces de proximité..., quelques lieux publics ont été sollicités et ont accepté d’assurer la distribution gratuite en sacs biodégradables, au plus proche de la vie des usagers.
En 2020, ce sont plus de 2 000 tonnes de déchets alimentaires qui ont été collectés sur le territoire de la Métropole et environ 3 300 tonnes en 2021, ce qui représente respectivement un ratio de 20kg et 18kg de biodéchets par habitant et par an.
Aujourd’hui, la valorisation des déchets alimentaires de la métropole se fait en totalité sur un centre de compostage.
Afin d’augmenter la capacité de traitement, un projet d’unité de méthanisation est actuellement en phase d’avant-projet. Cette unité sera adossée au centre de compostage, pour la maturation des digestats avant valorisation du digestat par les agriculteurs locaux, et contribuera à la production d’une énergie renouvelable (biogaz). Ce serait le premier méthaniseur construit par une collectivité.
Les clés de réussite sont très probablement différentes d’un territoire à un autre et la réponse est à adapter en fonction du contexte. Un test local, de terrain, est nécessaire pour valider les hypothèses, malgré tous les retours d’expériences.
Les deux points essentiels à ne pas négliger sont :
Pour conclure, Grenoble Alpes Métropole est aujourd’hui une collectivité en conformité avec la loi AGEC concernant l’obligation de déploiement de solutions de tri à la source des biodéchets pour les ménages et les professionnels.
Le geste de tri à la source commence à être accepté et à entrer dans les habitudes des ménages et de l’ensemble des acteurs de l’écosystème de collecte.
